Critique : A l’origine

A l’origine, il y avait les scarabées… C’est à peu près la seule explication du titre que nous donne son réalisateur Xavier Giannoli. Ce qui est sûr, c’est que l’on tient là un pur bijou, rare, à voir et revoir.

Alorigine

Paul vit de petits coups, d’arnaques aux loueurs de matériel de travaux. Il erre de chantier en chantier, jusqu’à débarquer dans ce bled sinistré, la faute à cette autoroute dont la construction a été annulée au dernier moment. En le voyant roder dans le coin, les locaux le prennent pour un entrepreneur qui vient relancer le chantier. Il entretient l’incompréhension, et c’est toute une ville qui revit grâce à ce nouvel espoir.

Voilà déjà une histoire forte, nourrie par la boue, la détresse de ces friches industrielles et des personnages tous plus vrais que nature. L’imbroglio de départ crée immédiatement une tension : quand la population se rendra compte que le personnage de Cluzet est un imposteur, la déception et la fureur de cette région  seront forcément terribles. Ce paumé a 90 jours – délai de règlement des fournisseurs – pour faire illusion et décamper avec l’argent qu’il a pu récolter dans l’affaire.

Je n’ai jamais ressenti autant de tension au cours d’un film depuis La Graine et le Mulet, que j’ai déjà évoqué. On veut hurler à ce type « Pars, mais barre toi avec le pognon tant qu’il est temps ! ». Seulement voilà, il est devenu plus humain que moi dans cette histoire. Plus le temps passe, plus il s’attache à cette communauté qui le considère comme un messie qui multiplie les emplois. Plus on le voit s’épanouir, plus on est torturé par le pressentiment d’une fin tragique, et cela donne une grande force à chaque scène, un sentiment d’urgence que peu de films savent transmettre.

Le mérite en revient à l’excellente mise en scène de Giannoli, couplée au jeu renversant de François Cluzet. Si au début il respire l’instabilité – les plans sont frémissants, suivent ses mouvements incohérents – , il montre de plus en plus de sérénité – les plans s’élargissent à mesure que Cluzet s’exprime mieux – , et cela participe de la terreur du spectateur.

Une grande composante du film est le rapport à la terre et à la construction. Et pour cause, Le héros a pour la première fois de sa vie l’impression de faire quelque chose d’utile, d’aussi concret que la pluie diluvienne, les chaussure crottée ou  les gros camions jaunes… On en vient à s’émerveiller devant une plaque de bitume, preuve supplémentaire que Giannoli remplit son contrat.

Mises à part les quelques longueurs dans le ventre mou du film, mes seuls regrets se portent sur la fin du film, qui n’a pas la dimension dramatique que l’on attendait au vu du déroulement du film. Encore heureux, sinon Giannoli partait directement en peloton de tête de mon top 10 français.

18

11 2009

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  1. 1

    J’ai très envie de le voir mais il est pas super bien distribué chez moi…
    Et ta critique m’embête car là j’ai encore plus envie de le voir…

  2. Alexis #
    2

    la critique me parait très juste. Tu ne parles pas (peu) du personnage de Cluzet, qui s’est créé une histoire et même un nom. Il prend de plus en plus de risques et sa supercherie risque d’être démasquée. J’ai donc l’impression que plus la fin du film approche, plus la tension augmente…
    bon courage pour ce blog bien documenté!

  3. Rom_J #
    3

    ça pour augmenter, elle augmente la tension ! Mais ce que je regrette, c’est que ça ne se termine pas par une explosion de toute cette pression. Un peu Emmanuelle Devos, mais pas tant que le début le laisser présager. La fin, c’est un peu mon bémol. Il passe beaucoup trop pour un sauveur alors qu’il a risqué de mettre tout le monde vraiment dans la merde.

  4. 4

    Un film « pas fini », mais le meilleur des sens du terme. Il reste au spectateur plein de choses à imaginer sur les vraies motivations de Philippe Miller, sur son passé et sur ce qu’il va devenir. J’ai beaucoup aimé.



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